Le désherbage thermique, essentiel en Maraîchage !

Le désherbage thermique, essentiel en Maraîchage !

Témoignage de M. Pelletier pour qui le désherbage thermique est essentiel !


LE DÉSHERBAGE THERMIQUE EN MARAÎCHAGE

Publié le : 15 janvier 2019

« Il y en a marre de tout ce plastique, je vais arrêter d’en utiliser ! » Quel maraîcher n’a pas déjà été confronté à l’irrésistible envie de ne plus avoir à dérouler, lester des rouleaux de paillage, puis de devoir les retirer, arracher, nettoyer, pour enfin s’en débarrasser ? Mais l’impasse sur le paillage plastique ne doit pas rimer avec une explosion du désherbage manuel. Comment s’y prendre pour désherber moins et réduire le plastique dans les champs ? Il va être question, ici, d’une pratique parmi les nombreuses alternatives au paillage plastique : le désherbage thermique. Traditionnellement, ce sont les espèces semées (carotte, radis, navet, etc…) que l’on désherbe thermiquement en pré-semis. Mais cette technique peut être élargie à d’autres cultures plantées densément.

TÉMOIGNAGE DE JEAN-EMMANUEL PELLETIER, MARAÎCHER À L’ISLE SUR LA SORGUE (84)

Jean Emmanuel Pelletier passant le désherbeur thermique

« Je me suis installé en 1998 en maraîchage diversifié. Dès 2003, j’ai investi dans un outil de désherbage thermique tracté pour réduire la pénibilité liée au désherbage. L’exploitation a évolué vers de la production en gros (radis, chou chinois, blette, fenouil, épinard). Ma compagne, Béatrice, et moi cultivons maintenant 9 ha dont 2400 m² sous tunnel. Je n’utilise quasiment plus de plastique, sauf pour quelques cultures plantées sous abri. Toutes les cultures sont implantées suite à un faux semis détruit thermiquement. Il faut se rendre à l’évidence : sans désherbage thermique, j’arrêterais l’agriculture. »

PRINCIPE DU DÉSHERBAGE THERMIQUE

Le désherbage thermique agit par choc thermique : La partie aérienne des jeunes adventices est exposée à une température supérieure à 1000°C pendant une durée très courte, ce qui fait éclater leurs cellules. La température reste en surface, donc la vie du sol n’est pas impactée. Le choc thermique est particulièrement efficace sur les dicotylédones annuelles jusqu’au stade quatre feuilles vraies. Le désherbage va être efficace en prenant les adventices au bon stade et en ajustant la hauteur du brûleur. Il faut que la flamme bleue atteigne les plantules, ce qui signifie généralement d’être à 15-20 cm au-dessus du sol. Avec ce réglage, un brûleur individuel va toucher les adventices sur un diamètre de 20- 25 cm. Plus les adventices seront jeunes, plus la vitesse d’avancement pourra être élevée. Pour vérifier l’efficacité du brûlage thermique, il suffit de pincer une feuille. Les tissus ont été touchés si la partie pincée devient visible.

COMMENT BRÛLER LE PLUS GRAND NOMBRE D’ADVENTICES ?

Les graminées sont moins sensibles au choc thermique, car leur point végétatif est protégé (idem pour la capselle). De même pour les vivaces (rumex, chardon, etc.) qui doivent être arrachées manuellement ou mécaniquement. Pour venir à bout de ces adventices, on peut fixer une lame en amont des brûleurs : elle va écroûter le sol sur 1,5 à 2 cm de profondeur, mettant ainsi à nu les plateaux de tallage des plantules récalcitrantes. Ces racines ne résistent pas à l’action des brûleurs qui suivent la lame. En revanche, si les adventices sont déjà trop développées, il vaut mieux faire un premier passage sans lame pour brûler la végétation aérienne, suivi d’un deuxième passage avec la lame afin de détruire les racines. Ne faire qu’un seul passage avec la lame a tendance à enfouir les adventices au lieu de les brûler. Lorsque le sol est humide, il vaut mieux retirer la lame : elle va créer une semelle empêchant le bon développement des cultures semées.

CONDITIONS D’UTILISATION

On parle bien de flamme et de brûlage – qu’en est-il des risques d’incendie ? Selon JE Pelletier, l’attention est indispensable quand on utilise le désherbeur thermique. Mais en étant vigilant, il n’y a pas de risque à passer l’outil. Il raconte avoir frôlé l’incendie à deux reprises en 15 ans. Les raisons sont une utilisation dans des mauvaises conditions. Une première fois, par temps de mistral, lorsque la plaque en métal orientant normalement la flamme de la veilleuse vers les brûleurs était tordue [Les désherbeurs tractés ont une veilleuse quand ils ne sont pas équipés de l’allumage automatique : c’est une petite flamme qui va venir allumer les brûleurs ou la rampe]. La flamme touchait ainsi le sol, ce qui, le temps d’un demi-tour, a failli embraser une haie de cyprès. La seconde fois, sous abri, où ce sont des pailles de sorgho d’Alep qui se sont enflammées. Il vaut mieux éviter de faire un désherbage thermique quand les résidus pailleux sont trop nombreux. Les journées venteuses ne signent pas l’interdiction de passer le désherbeur thermique, mais il faut être particulièrement vigilant. Protéger le dispositif par un coffre réduit l’impact du vent sur l’efficacité du brûlage et le risque d’incendie. Au contraire, une légère humidité au sol (rosée par exemple) augmente l’efficacité du brûlage, car l’humidité se transforme en vapeur brûlante. « Par rapport aux outils mécaniques (bineuse, griffes, etc.), les désherbages thermiques peuvent être réalisés dans des conditions météo plus larges », souligne JE Pelletier

MATÉRIEL

N’est abordé ici que le matériel pour faire du désherbage thermique avec une exposition directe à la flamme. Il existe aussi des dispositifs de désherbage thermique à infra-rouge, à eau et à vapeur d’eau. Les différents formats d’outils de désherbage thermique sont adaptés à la diversité des systèmes de production : ceux tractés sont intéressants pour désherber en plein des planches entières ; ceux poussés manuellement peuvent désherber plusieurs rangs et sont dimensionnés à des surfaces moyennes ; et ceux portés voire poussés avec un brûleur unique pour désherber quelques rangs. Au moment du choix du désherbeur, se pose aussi la question d’utiliser du gaz en phase liquide, avec des brûleurs individuels, une rampe ou un four. A titre d’exemple le fabricant 2EBALM propose des outils composés de brûleurs individuels adaptés à un brûlage localisé, fonctionnant avec du gaz en phase gazeuse, ce qui augmente la sécurité de l’utilisateur et la longévité de l’outil.

ADAPTER SON DÉSHERBEUR THERMIQUE

On peut perfectionner son désherbeur thermique en y ajoutant différents dispositifs : une lame devant les brûleurs déterrera les graminées (à condition qu’il n’y ait pas de grosse motte ou des gros résidus) ; un rouleau à l’arrière servira à rappuyer le sol et régler la hauteur des brûleurs ; un système d’allumage automatique apportera du confort et plus de sécurité ; des flancs métalliques permettront de mieux localiser l’impact du brûlage ; des brûleurs obliques désherberont le flanc des planches ; et un kit de binage tiendra propre les entre-rangs ou entre-planches. Quitte à réorganiser son système de culture pour que le désherbage thermique soit central, autant en optimiser l’efficacité.

Fenouils un mois après plantation faite sur un désherbage thermique, avant le premier binage

LES ITINÉRAIRES TECHNIQUES

Le désherbage thermique est souvent utilisé pour détruire des faux semis. Il dépasse de loin les autres outils car il supprime les adventices qui ont levé sans remuer le sol : il y a peu de chances pour que des nouvelles graines remontent à la surface et germent. L’idéal, selon JE Pelletier, est d’intervenir au stade cotylédon. On cherche à faire moins de passages et à toucher autant d’adventices que possible. L’arbitrage se fait entre plusieurs désherbages précoces et efficaces, ou un unique désherbage avec un plus grand nombre d’adventices, dont certaines plus avancées. Cela va dépendre du stock de graines dans le sol. Les passages de désherbeur thermique en pré-semis sont ceux qui posent le moins problème.

En post-semis / pré-levée, ils sont plus délicats, car avant d’intervenir, il faut gratter la terre au couteau pour vérifier que les graines cultivées n’aient germé sans toutefois lever. A ce stade, il ne faut pas oublier de retirer la lame et le rouleau qui endommageraient la culture à venir. Et surtout il faut réagir très rapidement (surtout en été) car en une demi-journée, les graines peuvent avoir levé ! Une stratégie intéressante est de faire un faux semis, de semer la culture en direct dans les adventices quand elles ont levé, et enfin de détruire thermiquement ces dernières.

JE Pelletier fonctionne quasi exclusivement avec la technique du désherbage en pré-semis : le passage a lieu la veille du semis. En fonction de l’enherbement, il peut intervenir en pré-levée sur les cultures semées : betterave, oignon, épinard. D’ailleurs, l’oignon semé est résistant au choc thermique jusqu’au stade crosse. Sur carotte, certains producteurs associent l’occultation avec des toiles hors-sol pour détruire un faux semis, et interviennent ensuite en pré-levée au désherbeur thermique manuel. Ils réduisent ainsi le temps de désherbage. Le désherbage thermique doit être associé à des passages mécaniques ou manuels. Ainsi, JE Pelletier bine entre les rangs et sur le passage de roue ses choux chinois, épinards, blettes et betteraves, une à deux fois, un mois après implantation. Ces cultures exigent aussi un passage manuel sur le rang.

QUELQUES RÉFÉRENCES TECHNICO-ÉCONOMIQUES

Selon la culture, la suppression du désherbage thermique entraîne une augmentation du temps de désherbage, ou impacte la récolte. Chez JE Pelletier, seules les séries tardives de radis de printemps (semées à partir de fin avril) bénéficient d’un désherbage thermique. Sans ce faux semis, le temps de récolte serait trois à quatre fois plus long.

POUR ALLER PLUS LOIN :

Remerciements : Les informations transmises dans cet article ont été recueillies au cours d’une démonstration de matériel de désherbage thermique avec le fabricant Gardois 2EBALM, chez Jean-Emmanuel Pelletier. Cette démonstration a été faite dans le cadre du programme ECOPHYTO Dephy Fermes.

Article rédigé par Caroline Bouvier d’Yvoire, conseillère maraîchage à Agribio 84 et publié dans ACTUBIO 6, le bulletin des agriculteurs Bio de PACA, Automne 2018.